TAXE MAnie.


C’était il y a bien longtemps. Quand ? Je ne m’en souviens plus. Je me berçais derrière mon bureau avec vue sur Seine quand, chose rare, je réfléchissais pour trouver des solutions fiscales pour faire à nouveau gagner beaucoup d’argent à mon patron. L’Etat. Comme les citoyens ont besoin d’énergie pour vivre et se déplacer j’ai inventé une taxe perçue sur les énergies nécessaires : le chauffage et les carburants. Une bonne grosse taxe qui touche tout le monde et qui me garantit un bon rendement. A cette taxe, ils ont appliqué la TVA comme sur tous les produits car on ne peut pas déroger à la règle. On a besoin d’argent pour faire tourner l’Etat ... donc taxer une taxe est une bonne idée doublement rentable. Ni vu, ni connu. A l’origine la taxe était indolore car l’essence ne valait pas chère du tout.


Mais avec le temps qui passe, tout passe et voilà que toutes ces énergies que nous ne produisons pas, augmentent leurs prix car le monde entier en demande encore et encore alors que les ressources s’épuisent. Si bien que l’indolore devient dolore ... pour les bilans et les budgets des familles.  Les concitoyens en avaient ras le bol de payer des impôts et taxes : ISF, TVA, habitation, foncier, carburant, Gafa, succession, etc. L’acceptation des impôts et taxes est soudain passée en zone jaune créant la panique à bord. C’était, je me rappelle bien dans les année 2018 et 2019.

Toujours assis à ce bureau : à ma place, une autre personne, mon sucesseur, une brillante énarque également, cherche de nouvelles solutions des dizaines d’années plus tard. Après de longues réunions et très peu de consultations, elle trouve un bon plan : taxer l’énergie humaine car c’est le moteur de nos vies et, en plus, elle est pléthorique, écologique c’est à dire non fossile. Par précaution, elle a cherché la définition de cette énergie humaine qui l’a confortée dans son idée. Voici la définition. Énergie humaine : [Domaine des êtres vivants] Dynamisme physique qui permet d'agir ou de réagir. Elle a fait de cette définition sa base d’imposition.


Le lendemain elle convoque son équipe d’experts, énarques comme elle, pour trouver des solutions techniques et rédiger les décrets d’application . Autrement dit une bonne assise à cette taxe, comme on dit dans notre jargon. Elle a bien insisté : Il me faut une base large, saine, crédible et claire pour cette taxe. Les experts fiscalistes cherchent encore ... mais leur rapport intermédiaire de travaux indique que la taxation va porter sur l’énergie humaine vitale car tant qu’il y a de la vie il y a espoir de collecter des fonds. Leur calcul montre que par tranche de 1€ par jour par citoyen, cette taxe sur l’énergie vitale rapportera 22 milliards par an. Il suffirait d’ajouter des tranches par exemple de 1 à 10 €. Donc plus un citoyen est riche et vit longtemps et plus il paiera de taxes. Et vice versa. C’est l’exemple même d’une fiscalité juste et équitable ont ils déclaré. Et comme cette énergie humaine constitue le PNB, elle serait assujettie à la TVA comme tous les produits. Taxer une taxe est un truc qui marche bien : les citoyens y sont habitués et n’y voient que du feu. ils ont l’impression de payer moins alors que nous rentrons plus d’argent dans les caisses. Bien sûr les élus, les haut fonctionnaires et les journalistes en seraient exemptés grâce à une niche fiscale qui serait matérialisée par une déduction de leur impôt sur le revenu. D’autres exemptions discrètes peuvent être envisagées par la suite pour les catégories sociales qui se révolteraient contre cette taxe.


De son bureau avec vue sur la Seine, elle a, après lecture du mémo, donné quitus à ses fiscalistes pour finaliser ce projet de loi. Au plus vite avec comme consigne d’argumenter sur le fait qu’il est tout compte fait il est plus humain de taxer les citoyens que des biens matériels surconsommés qui exploitent et polluent notre planète. c’est ainsi que la France, une nouvelle fois, a innové en matière fiscale et montrer l’exemple aux autres pays. Ces pays, qui après avoir sévèrement critiqués cette méthode de la Taxe Manie, ont fini tous par l’adopter des années après.  


De Bercy,

M. Letat-Glouton.